La mise en nourrice sous contrôle
Entre réglementation et vie quotidienne, les archives de Cholet racontent l’histoire des nourrissons confiés à la campagne.
Adoptée le 23 décembre 1874, la loi Roussel marque un tournant dans la protection des enfants placés en nourrice. À la fin du XIXᵉ siècle, cette pratique était courante : des nourrissons, souvent issus de familles urbaines, étaient confiés à des femmes vivant à la campagne pour être allaités ou nourris au biberon. Mais la mortalité infantile élevée va conduire l’État à instaurer une surveillance stricte : déclaration obligatoire, carnet de nourrice, visites médicales.
Selon la loi, toute personne qui place un enfant en nourrice ou en sevrage, hors de son domicile, moyennant un salaire doit en faire la déclaration en mairie, et toute personne se voyant confier la charge d’un nourrisson s’engage à déclarer le retrait de l’enfant par ses parents ou son décès, dans les 24 heures. Ces obligations visaient à mieux contrôler le déplacement des enfants et à prévenir les abus.
Les Archives municipales de Cholet conservent des documents précieux pour comprendre cette réalité et mener des recherches familiales. Deux séries couvrent les périodes 1878-1882 et 1947-1971. Elles révèlent des informations très détaillées : le nom et le prénom de l’enfant, ses dates et lieu de naissance, le nom et la profession des parents, leur adresse, le mode d’alimentation – au sein ou au biberon –, le nom et le domicile de la nourrice, ainsi que le salaire versé pour ce service.
Ces registres permettent de retracer le parcours des enfants et d’éclairer les liens entre ville et campagne. Ils témoignent aussi des efforts de contrôle mis en place pour protéger les plus jeunes, bien avant la création des services modernes de protection maternelle et infantile. Ces documents sont consultables en salle de lecture des Archives municipales, offrant une aide précieuse aux chercheurs et aux familles désireuses de mieux connaître leur histoire.